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Revue de presse
21/06/2010 - Le débat expliqué aux nuls et aux jeunes insouciants
Très lourd d´enjeux politiques, le débat sur la réforme des retraites ne fait que commencer : la concertation avec les partenaires sociaux et le travail parlementaire promettent de se prolonger jusqu´à l´automne. Le premier round a lieu cette semaine. Jeudi prochain, 24 juin, les principaux syndicats appellent à la mobilisation.
De l´ampleur de cette première journée dépendra le rapport de force, dans la confrontation qui se prépare, entre le gouvernement et les partenaires sociaux.
Si vous ne vous êtes pas encore intéressé avec passion à ce débat, cet article est pour vous. Nous l´avons divisé en six questions, mais vous pouvez nous en poser d´autres, nous y répondrons.
Comment marche le système de retraites en France ?
C´est un système « par répartition » : vous ne cotisez pas pour vous même (ce n´est pas de l´épargne, donc), mais pour vos aînés. Concrètement, les actifs payent les pensions des retraités. Les cotisants accumulent des points de retraite et des « trimestres » de cotisation.
Différents « régimes » gèrent le système, le principal étant le régime général des salariés. La retraite de base de la sécurité sociale est complétée, pour les salariés, par des « régimes complémentaires ».
L´âge de la retraite peut être appréhendé de plusieurs façons :
L´âge légal est l´âge qui « ouvre le droit » de prendre sa retraite
et toucher une pension. Il est de 60 ans, avec des exceptions (55 ans
pour les non-sédentaires du secteur public, par exemple).
La « durée de cotisation » : un
salarié a droit à sa retraite à taux plein lorsqu´il a cotisé un certain
nombre de trimestres (150 à 164 trimestre, selon sa date de naissance)
L´âge du « taux plein » : à 65 ans, on peut partir à la retraite en bénéficiant du taux plein, même si l´on n´a pas tous ses trimestres.
L´âge de la retraite d´office : il a été repoussé de 65 à 70 ans. Un employeur peut alors obliger son salarié à partir.
Exemples :
Si j´ai cotisé 37 ans seulement et que j´atteins 60 ans, j´ai le droit de partir à la retraite, mais avec un taux réduit. Je peux aussi travailler jusqu´à accumuler mes 162 trimestres de cotisation (soit 40,5 ans).
Si j´ai cotisé 41 ans et j´atteins 60 ans, je peux prendre ma retraite à taux plein.
Dans les deux cas, je peux continuer de travailler jusqu´à 70 ans.
Pourquoi le réformer ?
Les actifs doivent payer de plus en plus de
retraités. De 2 actifs pour 1 retraité en l´an 2000, le « taux de remplacement » passera, si rien ne change, en 2040, à 1,1 actif pour 1 retraité.
Les baby-boomers (par définition nombreux) des années 50 arrivent à l´âge de la retraite. Entre 2010 et 2030, le nombre de retraités va augmenter de près de moitié (de 15,5 millions à 23 millions en 2050).
L´espérance de vie s´allonge.
Les entrées sur le marché du travail sont de plus en plus tardives
Cette situation démographique tendue est aggravée par la crise économique. Plus de chômeurs, moins d´activité, c´est moins de cotisations.
Qu´est-ce qui a déjà été fait pour sauver le système ?
Les pouvoirs publics ont déjà pris des mesures par le passé :
En 1993, le gouvernement Balladur a allongé la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans pour les salariés du privé.
En 2003, le régime des fonctionnaires est aligné sur celui des salariés du privé . La durée de cotisation de l´ensemble des travailleurs est allongée (41 ans en 2012).
Mais cela ne suffit pas. Le système doit faire face à des problèmes financiers croissants, aggravés par la crise de 2008.
En 2010, le déficit de l´ensemble des régimes de retraite et de chômage sera d´environ 32 milliards.
Quelles sont les mesures de la réforme proposée ?
Le ministre du Travail Eric Woerth a présenté le projet du gouvernement le 16 juin.
L´âge légal passerait progressivement de 60 à 62 ans d´ici 2018. Ce qui permettrait selon le gouvernement d´économiser 19 milliards d´euros en 2018.
Ceux qui sont « usés » par le travail continueront à prendre leur retraite à 60 ans.
L´âge du taux plein passe de 65 à 67 ans.
La durée de cotisation (pour obtenir le taux plein) passerait à 41 ans et un trimestre en 2013, et à 41,5 ans en 2020.
Pour combler les déficits, on puiserait dans le fonds de réserve des retraites (FRR) mis en place par le gouvernement Jospin pour combler les déficits d´après 2020.
Le taux de cotisation des fonctionnaires augmenterait de 7,85 % à 10,55 %
en 2020.
La tranche supérieure de l´impôt sera relevée d´un point, et seront taxés davantage les stock options, et les retraites chapeau, les revenus du capital, les plus-values.
Quelles sont les critiques à cette réforme ?
Trois grandes critiques sont portées contre la réforme.
Une réforme inefficace car le vrai problème, c´est le chômage. Demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu´ils manquent déjà de travail ne sert à rien.
Pour Alternatives Economiques, « Les deux tiers des partants n´étant pas en emploi au moment où ils liquident leur retraite, le passage à 62 ans va permettre une économie par la réduction de leurs droits, mais ils ne cotiseront pas plus longtemps. ».
Une réforme injuste, car elle ne pèse pas sur les plus privilégiés. C´est pour ceux qui ont commencé à travailler jeune que la réforme est rude : la durée d´activité et de cotisation (avant l´âge légal) est déjà longue et leur espérance de vie est généralement plus courte.
Ils vont devoir travailler deux années de plus et cotiser « gratuitement » deux années de plus… Pour les cadres, entrés plus tardivement sur le marché du travail, le changement sera moins brutal : ils terminent déjà leur carrière au delà de l´âge de 60 ans.
Une réforme hypocrite, parce que l´ajustement se fera par la baisse des pensions. Officiellement, le gouvernement ne touche pas au niveau des pensions. Mais le recul de l´âge de la retraite aura des conséquences sur celles-ci. Le gain financier sera tiré de l´augmentation des retraites incomplètes.
Exemple donné par Alternatives économiques :
« Marc a commencé à travailler à 23 ans, mais a passé 3 ans à l´étranger
comme expatrié. Il souhaite prendre sa retraite à 64 ans et son salaire
moyen est de 2 500 euros. Avec les règles actuelles, sa décote est de 65
- 64 = 1 an, soit un taux de remplacement amputé de 5 points (il
touchera 1612 euros). Avec la nouvelle loi, elle serait de 67 - 64 = 3
ans et il toucherait 1362 euros. »
La réforme ne tient pas assez compte de la pénibilité des emplois, se bornant à juger de « l´usure au cas par cas ». A 60 ans, un cadre a vingt et un ans d´espérance de vie quand un ouvrier en a quatorze…
La réforme organise un « hold up » sur le fond de réserve des retraites (FRR), qui était conçu pour combler le trou béant des années 2020-2030. On déshabille Pierre pour habiller Paul (son père). Le plus gros problème du système sera posé après 2020, et on est en train de détricoter une mesure qui devait permettre de passer cette décennie difficile.
Quelles sont les alternatives ?
Ceux qui rejettent le projet qu´Eric Woerth a présenté cette semaine avancent d´autres pistes de réforme.
Faire payer les retraités aisés : la fondation Terra Nova a proposé cette solution iconoclaste, le niveau de vie moyen des retraités étant légèrement supérieur à celui des actifs (106%).Le PS juge cette voie politiquement explosive.
Imposer les revenus du capital et les grandes entreprises : c´est la solution priviligiée par le PS qui propose de trouver ainsi 19 milliards d´euros :
Une augmentation de la CSG sur les revenus du capital (7 milliards d´euros)
Une contribution majorée sur leur valeur ajoutée (7 milliards)
Le reste sera fourni par la taxation des stock-options et de l´intéressement
Une surtaxe d´impôt sur les sociétés de 15% sur les établissements financiers serait attribuée au le fonds de réserve.
L´augmentation des cotisations retraite : le PS propose un point sur 10 ans, pour les salariés et les employeurs).
L´allongement de la durée de cotisation, mais facultative . Le PS imagine une sorte de bonus sur les retraites des salariés qui décideraient de partir après 60 ans.
Le gouvernement et sa majorité parle, à propos de ces alternatives, de « matraquage fiscal ». Mais en terme de « matraquage », augmenter les impôts est-il vraiment plus violent que de demander aux Français deux années de plus de travail, deux années de plus de cotisations, et deux années de moins de retraite ?
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